Résolution d’un problème d’élasticité linéaire bidimensionnel par la méthode de la fonction d’Airy.
Dans cet exercice, on étudie la concentration de contraintes au voisinage d’un trou circulaire dans une plaque de grande dimension soumise à une traction uniforme \(\sigma\) à l’infini. Ce problème classique, résolu analytiquement par Kirsch (1898), constitue une référence fondamentale en mécanique de la rupture et en dimensionnement de structures.
8.1 Position du problème
On considère une plaque élastique isotrope linéaire, de grandes dimensions, percée d’un trou circulaire de rayon \(a\). La plaque est soumise à une contrainte de traction uniforme \(\sigma\) appliquée à l’infini selon la direction \(x_1\).
8.1.1 Géométrie et système de coordonnées
Le trou circulaire de rayon \(a\) est centré à l’origine du repère.
On utilise les coordonnées cartésiennes \((x_1, x_2)\) ou polaires \((r, \theta)\).
Le chargement à l’infini est uniaxial : \(\sigma^{\infty}_{11} = \sigma\), toutes les autres composantes étant nulles.
8.1.2 Hypothèses
Élasticité linéaire isotrope.
Déformations planes ou contraintes planes.
Pas de forces volumiques (\(\mathbf{f}_v = \mathbf{0}\)).
Ces relations vérifient identiquement les équations d’équilibre.
8.2.2 2. Équation de compatibilité — Condition biharmonique
Pour que le champ de contrainte ainsi défini soit physiquement admissible, il doit satisfaire l’équation de compatibilité (qui garantit l’existence d’un champ de déplacement régulier).
En contraintes planes, l’équation de compatibilité de Beltrami-Michell se réduit à :
\[\Delta(\sigma_{11} + \sigma_{22}) = 0\]
En remplaçant les contraintes par leurs expressions en fonction de \(\Phi\), on obtient l’équation biharmonique :
Problème : Trouver une fonction \(\Phi\) biharmonique dont les dérivées secondes satisfont les conditions aux limites du problème.
8.2.3 3. Passage en coordonnées polaires
La géométrie circulaire du trou invite à utiliser les coordonnées polaires \((r, \theta)\). Les relations entre coordonnées cartésiennes et polaires sont :
et l’équation biharmonique \(\Delta\Delta\Phi = 0\) doit toujours être satisfaite.
8.3 II. Résolution détaillée
8.3.1 1. Choix de la fonction d’Airy
Le chargement à l’infini présente deux contributions : - Une partie isotrope (indépendante de \(\theta\)) correspondant à la pression moyenne. - Une partie déviatorique variant en \(\cos 2\theta\).
On cherche donc \(\Phi\) sous la forme d’une somme d’une partie axisymétrique et d’une partie périodique en \(\cos 2\theta\) :
\[\Phi(r, \theta) = f(r) + g(r)\cos 2\theta\]
La forme générale d’une fonction biharmonique en polaires est :
Point A (\(\theta = \pi/2\), sommet du trou) : \[\sigma_{\theta\theta} = \sigma(1 - 2\cos\pi) = 3\sigma\] La contrainte est triplée par rapport à la contrainte appliquée.
Point B (\(\theta = 0\), équateur du trou) : \[\sigma_{\theta\theta} = \sigma(1 - 2\cos 0) = -\sigma\] La contrainte est en compression.
8.4.3 3. Facteur de concentration de contrainte
Le facteur théorique de concentration de contrainte (SCF) est défini par :
3. Pour \(\theta = \pi/2\), \(\sigma_{\theta\theta}(r) = \frac{\sigma}{2}(2 + \frac{a^2}{r^2} + 3\frac{a^4}{r^4})\). La perturbation est inférieure à 5% lorsque \(\sigma_{\theta\theta}(r) \approx \sigma\), soit environ \(r \geq 3a\).
8.7 Conclusion
Dans cette étude théorique, nous avons :
Rappelé les équations fondamentales de l’élasticité plane et la méthode de la fonction d’Airy.
Résolu le problème de la plaque trouée en traction, obtenant la solution analytique de Kirsch.
Mis en évidence un facteur de concentration de contrainte \(K_t = 3\) au bord du trou.
Implémenté la solution pour visualiser les champs de contrainte.
Ce résultat analytique servira de référence pour la validation du calcul numérique par éléments finis.